Afrique de l’Ouest : faire de la prévention des conflits la règle et non l’exceptionComme le rappelait en 2001, Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations unies : « Je ne pense pas que la mise en œuvre de stratégies préventives soit chose facile. Les coûts de la prévention doivent être payés immédiatement, alors que les bénéfices ne seront recueillis que dans un avenir lointain ». L’an dernier, lors de son entrée en fonction au même poste, Antonio Guterres affirmait lui aussi sa détermination à faire de la prévention des conflits une priorité pendant son mandat. Les Nations unies ne sont bien entendu pas les seules à s’engager dans la prévention qui regroupe plusieurs catégories d’actions dont la médiation, la conciliation ou les bons offices. L’alerte précoce, qui se caractérise par une dimension à la fois technique et politique, est l’une d’entre elles. Elle se définit comme la « collecte systématique et l’analyse d’information sur des régions en crise et dont la vocation est (1) d’anticiper le processus d’escalade dans l’intensité du conflit ; (2) développer des réponses stratégiques à ces crises ; (3) de présenter des actions aux acteurs concernés afin de faciliter la prise de décision ».

Dans la zone Sahara-Sahel, qui représente 40 % de l’Afrique de l’Ouest, l’impact des crises sur les pays frontaliers a incité plusieurs organisations régionales, telles que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et le Conseil de l’entente, à développer leurs propres mécanismes de recueil de données afin de fournir aux autorités politiques des outils d’aide à la décision. Dans ce contexte, afin d’éviter la duplication des mandats et la multiplication des coûts financiers, il est essentiel de faire un bilan des dispositifs déjà opérationnels. Bien que confronté à des obstacles politiques, techniques et institutionnels, le mécanisme d’alerte précoce de la CEDEAO, plus connu sous l’acronyme anglais ECOWARN (ECOWAS Early Warning and Response Network) peut être considéré comme le plus abouti sur le continent africain.

La CEDEAO est régulièrement sollicitée pour des partages d’expérience, à l’image de la rencontre avec les représentants de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) en avril 2018 à Abuja ou les initiatives communes avec la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC). En juin 2018, la CEDEAO a, en outre, signé un Mémorandum d’entente (MoU) avec l’UEMOA sur la prévention des crises et des conflits en Afrique de l’Ouest.

Il prévoit notamment d’appuyer le Mécanisme de veille et d’alerte précoce (Mevap) de l’UEMOA et de renforcer ECOWARN. Même s’il reste des défis techniques et méthodologiques à relever de part et d’autre, la coopération avec l’Union africaine, dans le cadre de l’Architecture africaine de paix et de  sécurité (APSA) s’est accrue du fait de rencontres conjointes régulières. En comparaison avec les autres acteurs africains, la CEDEAO reste donc précurseur en la matière.

L’organisation dispose d’un système opérationnel inédit, en constante évolution depuis 2003 et à partir duquel de nombreux enseignements peuvent être tirés pour la mise en œuvre de mesures préventives en Afrique. Résultat d’une recherche documentaire et de dizaine d’entretiens menés à Cotonou, Lomé et à Abuja en mars et juin 2018, ce rapport s’interroge sur la manière dont le mécanisme d’alerte précoce et de réponse de la CEDEAO contribue à la prévention des conflits en Afrique de l’Ouest. Partant des obstacles politiques et techniques auxquels la CEDEAO a été confrontée, il présente tout d’abord ses évolutions en matière de collecte de données ainsi que la récente réforme de décentralisation au plan national. En outre, il passe en revue les réponses que la CEDEAO, les États et la société civile sont susceptibles d’apporter pour combler le décalage persistant entre l’alerte et la réponse. Enfin, il conclut sur l’idée qu’au-delà des difficultés techniques et financières, le déficit d’alerte précoce et les délais de réponse, souvent trop longs, résultent aussi d’une culture de la prévention encore très théorique. Des pistes de réflexion sont proposées pour en permettre une meilleure opérationnalisation. Lire la suite

 

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Source : Observatoire Boutros-Ghali du maintien de la paix
Année de publication : 2018