L’école citoyenneLes portraits du jeudi, par Monique Royer

Apprendre la citoyenneté dès le plus jeune âge et, sur le chemin, apprivoiser les mots, ceux qui excluent la violence des relations humaines, ceux qui font de chacun un membre à part entière de la société où l’on vit… Christelle Lecoeur, professeure des écoles à Trèbes dans l’Aude, mène ce projet au jour le jour en regardant avec bonheur le sérieux avec lequel ses élèves le vivent malgré l’âpreté de leur vie.

L’École de l’Aiguille recueille les gamins d’un quartier ghetto où se rencontrent des difficultés de tous horizons, migrants nouvellement arrivés, gens du voyage sédentarisés, familles défavorisées de toutes origines. La ville de Trèbes, voisine de Carcassonne, est une jolie bourgade au bord du Canal du Midi où l’Aiguille provoque le rejet, sert d’argument pour voter Front National. Christelle Lecoeur y travaille depuis quatre ans par choix et non par hasard, dans l’idée d’un métier à forte utilité publique.

A son arrivée, elle constate les tensions, les conflits dans la cour de récréation qu’il lui faut régler. Les adultes sont les arbitres d’histoires qui montent vite dans un registre violent. Avec ses collègues, elle décide de faire quelque chose. Auprès de sa classe de CE1-CE2, elle initie la météo du cœur tous les matins. «  On prend toujours un temps pour que les gamins qui veulent s’exprimer mettent des mots sur leurs émotions  ». Certains enfants sont livrés à eux-mêmes alors les mots sont parfois durs, d’autres font le récit d’un quotidien marqué par la violence. Ils posent là les soucis qui les minent si jeunes avec un vocabulaire qui s’enrichit au fil des jours, amène de la distance pour mieux être en situation d’apprendre. L’enseignante initie «  le message clair  ». Chaque fois qu’ils sont en conflit, les élèves commencent leurs propos par «  quand tu m’as fait ceci  » pour décrire le fait, poursuivent par «  cela m’a fait  » pour expliquer ce qu’ils ont ressenti. Et lorsque cela ne suffit pas, des médiateurs interviennent pour aider les protagonistes à régler le conflit. «  Les gamins des autres classes s’en sont emparé aussi. Cela correspond à un besoin de régler les problèmes eux-mêmes sans passer par un adulte.  »

CONTENT/PAS CONTENT

La météo du cœur, les messages clairs, la médiation par les pairs, les propositions sont ambitieuses, passent par la parole enrichie, élargie par des situations vécues, des sentiments. «  Au début, ils expriment “content” ou “pas content” puis on explore les nuances du “pas content” avec une vingtaine de mots.  » Elle lit avec eux des albums sur les émotions, leur explique comment fonctionne le cerveau, ce qui peut le perturber, les besoins essentiels non assouvis qui empêchent d’apprendre. Lire la suite

 

Source : Les Cahiers Pédagogiques